08 avril 2008
Le maître de thé (Yasushi Inoué)
Depuis plusieurs jours, je réfléchis à la façon de rédiger ce billet de lecture. Le temps passe, et je ne sais toujours pas comment vous parler de ce livre. Tant pis, je me jette à l'eau malgré tout. Je vais livrer les idées comme elles me viennent, simplement essayer de vous exprimer ce que j'ai ressenti durant ma lecture.
Déjà, il faut que je vous dise que la culture asiatique ne m'attire pas beaucoup, et encore moins sa littérature. Mais, paradoxalement, je suis assez fascinée par des aspects essentiels de la culture japonaise (le zen, la cérémonie du thé, les samouraïs...) qui reposent sur un esprit maîtrisé, en harmonie avec le corps. Le roman initiatique de Yasushi Inoué m'était donc tout désigné, et je partais avec un a priori positif, peut-être trop d'ailleurs...
Je m'attendais à retrouver l'atmosphère des sublimes film d'Akira Kurosawa où le temps est ralenti, la nature magnifiée, chaque chose, chaque être se trouve à la bonne place, dans un juste équilibre fragile et beau à la fois.
Bien que n'étant pas une buveuse et connaisseuse de thé, j'aime les objets qui s'y rapportent, la couleur de ce breuvage... J'espérais en lisant Le maître de thé en savoir davantage sur la fameuse cérémonie du thé, éclairer ma compréhension de cette philosophie du thé.
Vous l'aurez compris, j'avais donc des envies et des attentes en ouvrant ce livre. Malheureusement, elles n'ont pas été satisfaites.
Pour ceux qui ne l'ont pas lu, je resitue l'histoire et le contexte : à la fin du XVIème siècle au Japon, le célèbre maître de thé Rikyu se fait seppuku sur l'ordre, semble-t-il, d'Hideyoshi, le conseiller de l'empereur, homme puissant et influent.
Honkakubo, disciple de Rikyu, s'interroge bien après la mort de son maître, sur les raisons de ce suicide inexpliqué... Le semblant d'enquête qu'il mène auprès des proches de Rikyu qui sont encore en vie, n'est en réalité qu'un prétexte, puisque la véritable motivation de ce roman est de proposer une vision et une réflexion sur la voie du thé (du moins c'est ainsi que je l'ai compris, si toutefois j'ai compris quelque chose...). L'histoire, fictive, n'en est pas moins basée sur des faits et personnages réels, et le fond historique et politique du roman est très riche.
L'introduction étant faite, j'aurais envie de vous dire que pour qui n'est pas passionné par le thé ou l'histoire du Japon, mieux vaut passer son chemin et laisser ce livre sagement fermé, et ce serait sans doute réducteur, mais c'est ce que j'ai ressenti.
Et pourtant, concernant la cérémonie du thé, je suis restée sur ma faim. J'aurais aimé plus de détails dans la description du rituel (les ustentiles, les récipients, les tenues, l'agencement de la salle, etc.). Yasushi Inoué parle de tout cela, mais de façon suggestive plutôt que descriptive, et au final, il m'a été impossible de me faire une image précise de cette cérémonie. C'est la critique principale que je ferai de ce texte, le manque de profondeur (entendons-nous bien, je ne parle pas du fond, mais de la forme). Les personnages et les relations qu'ils tissent entre eux sont également très flous, aucun dialogue n'est abouti, là encore on est dans la suggestion, et à la longue ça m'a vraiment lassée.
Je suis profondément navrée de le dire, mais Le maître de thé est une grande déception pour moi. Connu mondialement comme un chef d'oeuvre, ce roman m'a ennuyée, n'a fait que me donner des envies sans jamais les satisfaire. A cela s'ajoute la langue, et là je m'interroge : est-ce la traduction de l'édition que je possède où le texte original qui est ainsi ? J'ai trouvé le niveau de langue peu soutenu, et le style plutôt banal. L'écriture de certain passages m'a semblé de bien meilleure qualité, mais globalement elle m'a déçue dans l'ensemble.
Voilà, j'ai bien conscience que je vais choquer plus d'un lecteur avec ce billet et que c'est drôlement gonflé de ma part de juger si négativement une oeuvre habituellement portée aux nues, mais cet humble avis n'engage que moi.
Par contre, et c'est la bonne nouvelle, cette lecture m'a donné envie de me plonger dans l'oeuvre d'un autre auteur japonais Yukio Mishima dont j'ai entendu parler de façon très élogieuse.

Portrait de Rikyu par le peintre japonais Tohaku Hasegawa
Pour contrebalancer le mien, les avis, nettement plus positifs, de Lune de pluie et Flo.
Stock (collection Le livre de poche) - 157 pages
Traduction de Tadahiro Oku et Anna Guerineau
Le courrier des lecteurs...
Du coup, j'hésite à la faire remonter dans ma PAL...
Aelys, encore une fois, ce n'est que mon très humble avis...
J'hésite avec ce livre, en fin de compte, je ne sais pas s'il me plaira...
Étonnament, malgré ton avis mitigé, ce livre me tente encore plus! Comme quoi...
Il est déjà sur ma LAL :)
Florinette : pour le savoir, faut essayer ! ;-)
Aelys : je t'ai intriguée ?! Tant mieux, je trouve qu'il faut que tout livre ait sa chance.
"La maître de thé" est un roman typiquement japonais ;-) Inoué s'adresse à des lecteurs japonais empreints de culture japonaise, aussi l'absence de descriptions précises de cérémonie du thé peut-elle s'expliquer. Les lecteurs connaissent les gestes, les ustensiles, les objets, les rituels et il n'est pas nécessaire pour l'auteur d'appuyer le trait: une seule allusion suffit pour déclencher les images chez le lecteur. Pour nous, Occidentaux, c'est déjà moins évident. Je ne suis pas objective au sujet de la littérature asiatique et japonaise en particulier car j'aime le rythme lent, où tout se passe en filigrane dans le non-dit. En lisant ce roman, il y a quelques années, j'avais Kurosawa en tête! Il en aurait fait un film sublime, j'en suis certaine!
Il ne faut surtout pas bloquer sur ce roman, as-tu essayé de lire "Le fusil de chasse"? C'est un roman à trois voix superbe aussi.
Comme toi, je ne suis pas une grande fan de littérature asiatique, et je ne le suis pas plus de la cérémonie du thé (même si c'est une boisson que j'aime !). Alors au vu de ton billet, je ne vais pas noter ... je suis sûre que j'aurai la même impression que toi au final ! Et ce n'est pas parce que certains portent des romans aux nues qu'ils doivent plaire à tout le monde ... heureusement nos goûts sont variés et cela crée une richesse très précieuse :)
Katell : merci pour ton éclairage ; je crois que je ne retenterai pas tout de suite cet auteur, je ferai des essais avec d'autres auteurs japonais d'abord
Joëlle : oui, les goûts et les couleurs...
Pour Mishima, n'hésite pas une seconde, c'est génial !
Praline : chic ! Je m'y essaiera peut-être cet été, là où j'irai en vacances il y a plusieurs livres de lui.
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