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Lectures personnelles

15 avril 2008

Le magasin des suicides (Jean Teulé)

Le magasin des suicidesDans la famille Tuvache, on est dans le suicide de père en fils. Le magasin des suicides propose à celles et ceux qui veulent en finir avec la vie un large choix de produits pour réaliser leur voeu. Vous voulez mourir en samouraï ? Le lot tanto-kimono est pour vous ! Vous avez l'âme d'un artiste ? Vous pourrez réaliser une nature morte (le kit contient tout le nécessaire de peinture) d'une pomme empoisonnée  avant de la croquer ! Vous préférez un mode plus classique comme la pendaison ? Choisissez alors une corde en chanvre, solidité garantie, impossible de se rater ! Et lorsque vous aurez fait votre achat et que vous vous en retournerez chez vous, prêt à commettre l'irréparable, on ne vous dira pas "au revoir", mais "adieu" ; le service est professionnel jusqu'au bout !
Seulement, il y a comme un os dans cette histoire de famille... Alan, le petit dernier, a une fâcheuse tendance à la gaieté. Et quelqu'un qui aime la vie dans un magasin pour le suicide, ça fait désordre...

Ce court roman, vous l'aurez compris, est un concentré d'humour noir, sur un thème plutôt délicat. Je dois dire que le pari de faire rire n'était pas gagné d'avance, mais Jean Teulé y est parvenu avec brio. Etant particulièrement sensible sur ce sujet, je peux vous dire que j'ai pourtant dévoré le roman d'une traite, avec le sourire aux lèvres, et que pas un seul instant ma pensée n'a viré au sombre. L'humour est très fin, et en même temps le fond de l'histoire suffisemment déjanté pour que l'on parvienne à se détacher complètement de la réalité et que l'on se laisse embarquer dans ce récit jubilatoire.
J'ai trouvé cette lecture fort plaisante, et j'ai énormément apprécié l'humour que l'on retrouve jusque dans les différents noms propres utilisés dans l'histoire (le propriétaire s'appelle Mishima, le magasin est situé boulevard Bérégovoy, etc.).
Ce roman m'a donc réconciliée avec l'auteur puisque je n'avais pu aller au bout de Je, François Villon.
Cependant, je n'ai pas retrouvé dans Le magasin des suicides la qualité d'écriture de Je, François Villon.
Un roman léger et agréable, à lire pour se divertir.

Un grand merci à Joël de me l'avoir prêté.

Les avis d'Arsenik, Cathulu, Emeraude, Flo et Tamara.

Julliard - 157 pages 

13 avril 2008

Le mariage d'Anne d'Orval (Sébastien Fritsch)

Le mariage d'Anne d'OrvalCe roman historique remplit exactement le rôle que j'attends d'un livre : me faire voyager. Que le voyage ait lieu à une autre époque ou à l'époque présente, dans le pays où je vis ou à l'étranger, que l'histoire se déroule dans un univers familier ou inconnu... peut m'importe, pourvu qu'en me plongeant dans un livre, j'en arrive à oublier qui je suis, où je vis et le monde alentour.
C'est ce qui s'est passé avec Le mariage d'Anne d'Orval, et ne serait-ce que pour cela, j'aurais déjà envie de crier au coup de coeur. Mais je garde un peu de réserve, car ce n'est que le premier roman de l'auteur, et je suis persuadée qu'il peut écrire encore mieux !
Le mariage d'Anne d'Orval, c'est une double histoire, d'amour et de haine à la fois. Une histoire dont le personnage central Anne, va être le déclencheur des différents événements, et le moteur des actions de ceux et celles qui l'entourent. Anne, qui est promise par son père à Clément de Merlieu, un seigneur au passé mystérieux, à la réputation de droiture et de bravoure. L'arrivée de ce dernier au domaine d'Orval, dans le but d'épouser la fille du baron, va bouleverser en l'espace de quelques jours l'existence d'Anne et des siens. Je n'en dis pas davantage pour ne pas gâcher le plaisir du lecteur...
Lors des cinquante premières pages, je suis restée légèrement distante, éprouvant de l'intérêt pour l'histoire, mais pas totalement convaincue. C'était probablement le temps nécessaire pour que l'intrigue se mette en place. Une fois passé ce cap, j'ai été littéralement embarquée par le livre et n'ai pu en décrocher (d'ailleurs, avis à ceux qui voudront le lire, surtout ne pas l'ouvrir tardivement en soirée si l'on a dépassé la page cinquante, c'est l'assurance d'une nuit tronquée !). J'ai aimé l'histoire que j'ai trouvée plutôt originale dans la façon dont elle est traitée, et surtout l'intrigue, admirablement déroulée par l'auteur, qui nous tient en haleine jusqu'au bout. Dans la deuxième partie du roman, les choses s'accélèrent et les questions affluent ; on a envie de connaître la vérité, on est suspendu aux mots, on vibre pour les personnages. La fin est superbe, je n'en attendais pas une autre, j'avais peur que l'auteur sombre dans la facilité, mais non, jusqu'à la toute dernière ligne le récit préserve cette impression de force que j'ai ressentie pendant la lecture.
La période choisie (le Moyen-Age) et la région (la Haute Auvergne), couplées à l'écriture de Sébastien Fritsch, ont achevé de me séduire.
Le mariage d'Anne d'Orval est un excellent roman qui m'a captivée, merci pour cet agréable moment de lecture !
Je retrouverai certainement cette belle plume avec grand plaisir.

Un extrait que j'ai trouvé particulièrement beau :

Quatre cierges de chaque côté du catafalque étaient les seules lueurs dans la nef obscure. Ils étaient trop faibles pour révéler tous les détails. Mais ils suffisaient pourtant à ce que l'on distinguât nettement les deux forces qui se partageaient l'espace : le noir et le blanc.
Le noir de la pierre des piliers, des chapiteaux, des arcs et des voûtes, membres et articulations d'un squelette démesuré, figé par la nuit. Le noir des fresques murales dont les riches couleurs, fondues entre elles, s'étaient humblement rendues à l'évidence qu'elles n'existent pas sans lumière. Le noir du bois : les bancs, les prie-dieu, les portes, acceptant seulement, sur leurs surfaces polies par le contact de tant de mains ou de corps, l'infime écho d'un fin reflet émanant de huit flammes.
Le blanc du marbre pavant le sol, cadre opalescent supportant le mobilier. Le blanc de l'autel de pierre, nu, devant lequel reposait le corps d'Amaury. Le blanc verdâtre de la face et des mains du défunt. Le blanc chaleureux de la robe et le blanc pur du visage d'Anne.

Chapitre IX, page 101

A noter que le deuxième roman de l'auteur, Le sixième crime (un polar cette fois), sera disponible en librairie à partir du 16 avril.

Et si vous voulez en savoir davantage sur l'auteur, allez lui rendre visite ici.

L'avis d'Amanda, que je remercie chaleureusement de m'avoir prêté son exemplaire, et celui de Lucile.

Créer - 256 pages

09 avril 2008

Cent ans de solitude (Gabriel Garcia Marquez))

Cent ans de solitudeLe mois dernier, j'avais mis à l'honneur l'auteur Gabriel Garcia Marquez, et me proposais de lire Cent ans de solitude...
J'ai traîné ce livre comme un boulet pendant des jours et des jours... Attention, l'expression que j'utilise, à connotation péjorative, n'est pas à prendre ici au premier degré. J'emploie volontairement le terme de boulet pour l'image qu'il représente, celle de quelque chose de lourd, qui reste attaché à la personne... Et c'est exactement le sentiment que j'ai eu en lisant ce roman. Lourd, parce que l'histoire est dense, les mots et les phrases s'enchaînent de plus en plus vite, et la respiration devient parfois haletante, imposant une pause au lecteur. Lourd, parce que si ma lecture avançait à pas de fourmis, je ne pouvais me défaire de ce livre qui m'a suivie partout. J'ai vécu une expérience de lecture très étrange et totalement unique, jamais je n'avais ressenti cela en lisant auparavant. J'ai, au fil des jours, établi une sorte de relation double avec cet ouvrage, oscillant alternativement entre attrait et rejet, mais n'ai jamais pu m'en défaire. Cent ans de solitude s'est imposé à moi, il m'a vampirisée, absorbée.
Au final, je suis satisfaite de l'avoir lu, contente de ne pas être passée à côté de ce récit extraordinaire (au sens propre et figuré). Et pourtant, je ne peux pas dire que j'ai beaucoup aimé cette histoire. La dernière page tournée, un sentiment ambigu m'a envahie ; la certitude que je venais de découvrir une grande oeuvre de littérature, la compréhension de ceux et celles qui le considèrent comme un chef d'oeuvre, sans toutefois être capable de l'apprécier pleinement moi-même. J'ai du mal à analyser pourquoi je n'ai pas accroché plus que cela ; le côté fantastique m'a sans-doute gênée, et je m'aperçois que je n'aime pas trop ce genre (encore que, j'ai aimé d'autres romans fantastiques)... mais ce n'est pas la seule explication. L'atmophère qui règne dans ce livre m'a mise mal à l'aise. Le côté loufoque m'a plu, mais n'a pas su compenser cette sensation de glauque, ce côté malsain qui m'a empêchée de m'attacher à l'histoire et aux personnages, restant toujours en retrait, comme pour me protéger de ce que je lisais... Si j'excepte la redondance des prénoms (toujours les mêmes tout au long de l'histoire) qui m'a quelque peu épuisée et perdue plus d'une fois dans le récit, j'ai énormément apprécié l'écriture que j'ai trouvé magnifique et hypnotisante.
Cette épopée lyrique m'a certes, touchée, mais pas comme je m'y attendais. A une personne qui me demanderait s'il faut le lire, je répondrai que ce roman me semble incontournable, un peu comme un baptême, une épreuve du feu. Il faut lire Cent ans de solitude pour l'inventivité de l'auteur, la richesse de l'histoire, la poésie du texte. Il faut le lire pour être bousculé, pour comprendre ce que c'est qu'un chef d'oeuvre, l'universalité d'une oeuvre. Mais il ne faut pas forcément s'attendre à un coup de foudre. Pour ma part, je viens de réaliser que je peux apprécier la "valeur" d'un livre sans l'aimer pour autant, et c'est une grande leçon d'humilité que je viens de recevoir. Gabriel Garcia Marquez est un grand monsieur, et je le lirai encore, quand j'aurai digéré ce roman et repris mon souffle.

Seuil (collection Points) - 437 pages 

08 avril 2008

Le maître de thé (Yasushi Inoué)

Le maître de théDepuis plusieurs jours, je réfléchis à la façon de rédiger ce billet de lecture. Le temps passe, et je ne sais toujours pas comment vous parler de ce livre. Tant pis, je me jette à l'eau malgré tout. Je vais livrer les idées comme elles me viennent, simplement essayer de vous exprimer ce que j'ai ressenti durant ma lecture.

Déjà, il faut que je vous dise que la culture asiatique ne m'attire pas beaucoup, et encore moins sa littérature. Mais, paradoxalement, je suis assez fascinée par des aspects essentiels de la culture japonaise (le zen, la cérémonie du thé, les samouraïs...) qui reposent sur un esprit maîtrisé, en harmonie avec le corps. Le roman initiatique de Yasushi Inoué m'était donc tout désigné, et je partais avec un a priori positif, peut-être trop d'ailleurs...
Je m'attendais à retrouver l'atmosphère des sublimes film d'Akira Kurosawa où le temps est ralenti, la nature magnifiée, chaque chose, chaque être se trouve à la bonne place, dans un juste équilibre fragile et beau à la fois.
Bien que n'étant pas une buveuse et connaisseuse de thé, j'aime les objets qui s'y rapportent, la couleur de ce breuvage... J'espérais en lisant Le maître de thé en savoir davantage sur la fameuse cérémonie du thé, éclairer ma compréhension de cette philosophie du thé.
Vous l'aurez compris, j'avais donc des envies et des attentes en ouvrant ce livre. Malheureusement, elles n'ont pas été satisfaites.

Pour ceux qui ne l'ont pas lu, je resitue l'histoire et le contexte : à la fin du XVIème siècle au Japon, le célèbre maître de thé Rikyu se fait seppuku sur l'ordre, semble-t-il, d'Hideyoshi, le conseiller de l'empereur, homme puissant et influent.
Honkakubo, disciple de Rikyu, s'interroge bien après la mort de son maître, sur les raisons de ce suicide inexpliqué... Le semblant d'enquête qu'il mène auprès des proches de Rikyu qui sont encore en vie, n'est en réalité qu'un prétexte, puisque la véritable motivation de ce roman est de proposer une vision et une réflexion sur la voie du thé (du moins c'est ainsi que je l'ai compris, si toutefois j'ai compris quelque chose...). L'histoire, fictive, n'en est pas moins basée sur des faits et personnages réels, et le fond historique et politique du roman est très riche.

L'introduction étant faite, j'aurais envie de vous dire que pour qui n'est pas passionné par le thé ou l'histoire du Japon, mieux vaut passer son chemin et laisser ce livre sagement fermé, et ce serait sans doute réducteur, mais c'est ce que j'ai ressenti.
Et pourtant, concernant la cérémonie du thé, je suis restée sur ma faim. J'aurais aimé plus de détails dans la description du rituel (les ustentiles, les récipients, les tenues, l'agencement de la salle, etc.). Yasushi Inoué parle de tout cela, mais de façon suggestive plutôt que descriptive, et au final, il m'a été impossible de me faire une image précise de cette cérémonie. C'est la critique principale que je ferai de ce texte, le manque de profondeur (entendons-nous bien, je ne parle pas du fond, mais de la forme). Les personnages et les relations qu'ils tissent entre eux sont également très flous, aucun dialogue n'est abouti, là encore on est dans la suggestion, et à la longue ça m'a vraiment lassée.
Je suis profondément navrée de le dire, mais Le maître de thé est une grande déception pour moi. Connu mondialement comme un chef d'oeuvre, ce roman m'a ennuyée, n'a fait que me donner des envies sans jamais les satisfaire. A cela s'ajoute la langue, et là je m'interroge : est-ce la traduction de l'édition que je possède où le texte original qui est ainsi ? J'ai trouvé le niveau de langue peu soutenu, et le style plutôt banal. L'écriture de certain passages m'a semblé de bien meilleure qualité, mais globalement elle m'a déçue dans l'ensemble.

Voilà, j'ai bien conscience que je vais choquer plus d'un lecteur avec ce billet et que c'est drôlement gonflé de ma part de juger si négativement une oeuvre habituellement portée aux nues, mais cet humble avis n'engage que moi.

Par contre, et c'est la bonne nouvelle, cette lecture m'a donné envie de me plonger dans l'oeuvre d'un autre auteur japonais Yukio Mishima dont j'ai entendu parler de façon très élogieuse.

Sen no Rikyu

  Portrait de Rikyu par le peintre japonais Tohaku Hasegawa

Pour contrebalancer le mien, les avis, nettement plus positifs, de Lune de pluie et Flo.

Stock (collection Le livre de poche) - 157 pages
Traduction de Tadahiro Oku et Anna Guerineau

27 mars 2008

Des gourmandises sur l'étagère (Françoise Moreau)

Des gourmandises sur l'étagèreDes gourmandises sur l'étagère est le livre idéal à glisser entre deux lectures. On dévore rapidement ce texte parce qu'il est très court, mais aussi parce que son écriture est fluide.

Marie-Gabriel et Odilon aiment la bonne chère. C'est donc tout naturellement qu'ils élèvent leur fille, Berthe, dans un univers gourmand. La vie pour eux est ronde, douce.
Mais un jour, Berthe arrête de manger.

La nourriture, le rapport que l'on entretient avec elle, est souvent le symptôme d'un mal-être plus profond. Ce sujet est, me semble-t-il, douloureux, délicat à traiter. Je me suis d'ailleurs sentie mal à l'aise à la lecture des toutes premières lignes. Mais ce sentiment s'est vite estompé car Françoise Moreau sait poser les mots qui sonnent juste. Le fond de l'histoire est triste, mais la forme est pudique et belle. L'écriture est particulièrement réussie et touchante, poétique.

Une jolie découverte, merci Goelen, d'avoir fait voyager cette gourmandise !

L'avis d'Anne, première escale du voyage.

L'escarbille (collection feux follets) - 44 pages

19 mars 2008

Le général du roi (Daphné Du Maurier)

Le général du roiJe suis une inconditionnelle de Daphné Du Maurier. J'aime son style, ses personnages, sa façon de conduire une intrigue, de décrire les sentiments humains. Le général du roi me l'a confirmé.
L'originalité de ce roman est de mêler fiction et réalité historique. Le récit se déroule dans la Cornouailles anglaise pendant la première guerre civile qui eut lieu entre 1642 et 1648.
Nous suivons deux personnages - Honor Harris et Sir Richard Grenvile - que tout oppose a priori, mais que le hasard de la vie va rapprocher.
Honor Harris et une jeune femme de bonne famille, fière, intelligente et courageuse.
Sir Richard Grenvile est un général au service du roi d'Angleterre. Stratège génial, royaliste convaincu, il sait se montrer généreux mais peut aussi se révéler cruel, faisant passer son dévouement pour la protection de la couronne et ses ambitions militaires avant tout le reste. Malgré ses défauts et son rude caractère, il en fascine plus d'un et a su gagner le coeur d'Honor. Mais à quel prix ?
Ces deux-là ne vont jamais cesser de s'aimer, mais d'un amour non conventionnel, amour qui sera soumis à de rudes épreuves.
Une fois de plus, Daphné Du Maurier peint avec brio deux forts caractères qui nous entraînent dans leur sillage. On admire l'un et l'autre, on les regarde parfois d'un oeil critique, mais au fond on les comprend. Chacun, à sa manière, est un héros de la vie.
Outre ces deux personnages, qui, à eux seuls portent le roman, j'ai apprécié le fond historique du récit. Moi qui, a priori, ne suis guère attirée par les romans historiques en général, et encore moins par tout ce qui touche à la guerre, j'ai été complètement séduite par cette lecture.
L'auteur nous raconte la guerre à travers le regard des civils, passant quasiment sous silence les affrontements. La violence et la cruauté n'en sont cependant pas moins présentes, et la description des différents sièges et des conditions de vie des civils est plus que réaliste. Les hommes partis au combat, les femmes luttent pour survivre et préserver les domaines où elles vivent. Les familles se regroupent, la vie devient communautaire.
J'ai également apprécié la forme du récit, narré à la première personne par Honor. Après un premier chapitre dans le temps présent (et qui est un peu ardu car il présente d'un seul coup tous les personnages de l'histoire !), on retourne dans le passé pour assister à la rencontre d'Honor et Richard, et suivre avec eux le cours de l'histoire. Du fait du type narratif, on se trouve d'emblée dans une relation d'intimité avec le personnage d'Honor qui partage avec nous ses pensées profondes, ses doutes, ses peines et ses peurs.
Je ne qualifierais pas Le général du roi de coup de coeur - bien que je l'ai apprécié autant (voire davantage) que certains coups de coeur que j'ai pu présenter ici - car je lui ai préféré d'autres romans de l'auteur, mais celui-ci est malgré tout excellent, et je vous en conseille vivement la lecture.

A noter qu'il existe une version poche de ce roman.

Phébus - 362 pages

05 mars 2008

L'objet de mon affection (Stephen McCauley)

L'objet de mon affectionQue voilà un agréable moment de lecture !
Nina et George vivent ensemble. Jusque-là, rien d'anormal, si ce n'est, que, George aime les hommes, et Nina est enceinte, mais pas de George... Ces deux personnages,devenus colocataires par le fait du hasard, vont apprendre à se connaître, et tisser les liens d'une relation très forte. L'histoire n'a rien d'extraordinaire (encore que...), mais c'est la façon de conter de Stephen McCauley qui la rend si attrayante. Dès les premières lignes on est irrésistiblement attiré par les mots, on a envie de suivre le parcours de ces hommes et femmes (je veux parler de l'ensemble des personnages et pas seulement des deux principaux) - tellement humains -, de savoir comment ils vont évoluer. La plume de l'auteur est pleine d'humour, j'ai ri à plusieurs reprises des paroles ou des pensées de George. Un humour à l'anglaise, toujours bien dosé, jamais lourd, qui tourne en dérision le quotidien de façon subtile et cynique.
La relation entre Nina et George est très touchante, une relation quasi-parfaite, à cheval entre amour et amitié, où chacun évolue librement, sans les contraintes caractéristiques de la relation amoureuse. Le personnage central de George qui est en même temps le narrateur du récit est extrêmement sympathique et attachant.
Bref, une fort jolie découverte !

Un extrait :

"Elle se rassit sur le lit et se remit à contempler l'écran en s'efforçant de prendre un air absorbé. Le son était trop fort, livrant la pièce entière aux braillements très distinctifs d'un jeu télévisé. J'en veux à la télévision, car j'ai perdu une bonne partie de mon enfance à la regarder au lieu de faire quelque chose d'utile comme lire Dickens. Une de mes grandes ambitions dans la vie est d'arracher un jour un téléviseur de sa prise au milieu d'une discussion houleuse et de le balancer par la fenêtre."

Denoël (collection 10/18 domaine étranger) - 382 pages

26 février 2008

La maison en papier (Carlos Maria Dominguez)

La maison en papierCe court roman, construit comme une nouvelle, est une jolie découverte. Depuis le temps que j'en entendais parler...
La thématique m'avait attirée, et l'intrigue m'a séduite.
J'ai regretté de ne pas connaître la plupart des oeuvres citées par l'auteur, qui doivent certainement donner encore plus de poids à l'histoire, surtout La ligne d'ombre de Joseph Conrad, le livre-clé du récit, qui, si j'en ai deviné le thème, m'est totalement inconnu (si une bonne âme pouvait me dire en quelques mots de quoi il s'agit....).
Pour le résumé de l'histoire, je vous renvoie au site des éditions du Seuil (taper La maison en papier dans l'espace de recherche, en haut à gauche).
Une histoire sur l'amour des livres et surtout leur pouvoir, entre réalité et fantastique. L'intensité monte au fil des pages, et finalement, l'auteur parvient à nous captiver en suggérant uniquement ce qui se passe et sans jamais vraiment le dévoiler.
L'écriture est subtile, dosée, ça pourrait être un scénario de film à la Hitchcock...
Le personnage principal est attachant, sa névrose fascinante !
La fin est très intéressante, simplement un mystère plane toujours pour moi, à savoir les circonstances de la mort de Bluma Lennon (là encore, si quelqu'un peut m'expliquer, parce que je suis un peu frustrée....) : sa mort a-t-elle une explication dans l'histoire ou bien fait-elle simplement partie de l'environnement fantastique, et justement inexpliqué ? Y a-t-il un rapport avec sa propre dédicace faite à Brauer dans le livre ?

Amis lecteurs, je vous invite à découvrir ce livre, mais soyez vigilants, sait-on jamais !

Les avis de Dda (la première à m'avoir donné envie de le lire), de Flo et de Clarabel.

Seuil - 108 pages

23 février 2008

Le lion (Joseph Kessel)

Le lionCoup de coeurAttention, chef d'oeuvre !
Lu il y a bien longtemps, cette histoire a sombré dans le flou de ma mémoire au fil des ans, mais ce qui est resté, c'est cette atmosphère incroyable qui règne dans Le lion. Plus de quinze ans après, la magie a de nouveau opéré,  et je me suis replongée avec une envie dévorante dans ce récit qui m'a transportée, comme la première fois.
Je n'ai pas envie de vous faire un résumé de l'histoire, c'est tellement grisant de découvrir un livre, d'avoir la surprise.
Simplement vous dire que si vous aimez l'Afrique et ses animaux sauvages, ce livre est fait pour vous. Et si vous n'êtes pas tentés, faites malgré tout un essai, vous changerez peut-être probablement d'avis !
D'abord, il y a la langue de Joseph Kessel. Admirable. Sous sa plume, les descriptions ne sont plus de simples descriptions, les personnages et les paysages prennent vie. En quelques lignes à peine, on est parachuté dans une réserve africaine. La poussière se soulève, le soleil nous brûle la peau, le souffle d'air est chaud. Les animaux s'abreuvent juste devant nous ; on voit passer les rhinocéros, les éléphants, les zèbres...
Et puis il y a Patricia, cette fillette aussi fascinante que désarmante. Dans sa vie, il y a King, le lion.
A la base de cette histoire, la relation entre un enfant et un animal sauvage. Soit. Rien d'extraordinaire. Et bien si ! Ce qui aurait pu sombrer dans la banalité est ici littéralement transcendé. La force de cette lecture, comme beaucoup de grandes oeuvres, c'est qu'elle peut se faire à plusieurs niveaux (je l'ai d'ailleurs lu dans une édition pour la jeunesse). Et lors de cette relecture, j'ai, avec mes yeux d'adulte, perçu les choses sous un autre angle, pourtant toujours embarquée par ce magnifique récit.
Vous l'aurez compris, c'est un véritable coup de coeur.

Merci, Monsieur Kessel.

Un extrait :

"Il y avait cette démarche princière, paresseuse et cependant ailée, cette façon superbe de porter la tête et la lance et le morceau d'étoffe  qui,  jeté sur une épaule, drapait et dénudait le corps à la fois. Il y avait cette beauté mystérieuse des hommes noirs venus du Nil en des temps et par des chemins inconnus. Il y avait dans les mouvements et les traits cette bravoure insensée, inspirée. Et surtout, cette liberté orgueilleuse, absolue, indicible d'un peuple qui n'envie rien ni personne parce que les solitudes hérissées de rondes, un bétail misérable et les armes primitives qu'il façonne dans le métal tiré du lit sec des rivières comblent tous ses soins et qu'il est assez fier pour ne point laisser sur la terre des hommes ni maison ni tombeau."

Gallimard (collection Folio junior) - 248 pages

20 février 2008

La douceur des hommes (Simonetta Greggio)

La douceur des hommesDeux femmes. L'une au crépuscule de la vie, l'autre au milieu de la sienne, jusque-là sans réelle consistance. Un voyage, des confidences, un retour en arrière sur la vie de Fosca, épicurienne de l'amour. En toile de fond, Venise, l'Italie, des hôtels, des restaurants, du bon vin. Les plaisirs de la vie.
Je dois dire que j'ai mis du temps à accrocher à cette lecture dont j'ai trouvé le texte inégal jusqu'à la bonne moitié du livre. Certains passages sont superbement écrits, les mots glissent, chantent une douce mélodie mélancolique. A d'autres moments, je n'entrais plus dans la lecture, je restais en dehors. Et puis petit-à-petit, j'ai investi cette atmosphère, me suis laissée porter par la conversation entre Constance et Fosca. J'ai particulièrement aimé les passages "tristes", les départs, racontés avec une pudeur tout en force et en émotion. J'ai apprécié la fin, à laquelle je ne m'attendais pas, une fin qui donne un sens à l'ensemble.
Une jolie lecture qui m'a fait penser par moments à L'enchanteur et illustrissime gâteau café-café d'Irina Sasson.

Merci à Stéphanie d'en avoir fait un livre-voyageur ! Son avis est ici.

Les avis de Clarabel, Florinette, Caro[line].

Stock (collection Le livre de poche) - 153 pages

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