05 mai 2008
Une plume... Joëlle Tiano
A la fin de l'année dernière, j'avais découvert et adoré L'enchanteur et illustrissime gâteau café-café d'Irina Sasson. Ce livre a d'ailleurs été un coup de coeur pour de nombreux lecteurs.
L'auteur a accepté de me parler un peu de son écriture, et j'ai grand plaisir à partager avec vous ses mots.
Encore merci à Joëlle Tiano, qui je l'espère, nous enchantera encore avec d'autres gourmandises, et à Moustafette qui m'a aidée à la contacter.

Avec quoi, comment, et quand écrivez-vous ?
A propos de mes habitudes (qui changeront peut-être) : j’écris d’abord au crayon à papier sur des feuilles volantes (ça a un caractère moins définitif et j’écris dans le désordre en suivant l’envie du moment, car suivre un ordre m’enlève de mon plaisir), puis au stylo sur un cahier, et enfin au clavier. Je crois que chacun apporte une forme de liberté différente.
J’écris un peu n’importe où et n’importe comment. Il est vrai que la nuit est propice à une forme d’inspiration, mais le matin permet de construire, d’ordonner.
J’ai à peu près terminé un autre texte dans lequel il est question d’un tableau, d’un portrait de femme. J’avais un autre roman en tête lorsque quelque chose de la réalité est venu me bousculer et me lancer sur ce chemin.
C’est un texte dont l’agencement est sans doute plus délicat et les écueils à éviter plus nombreux que pour le Gâteau café-café. En ce moment je le laisse dormir pour le reprendre avec un oeil plus frais.
Comment l’idée est-elle venue d’organiser votre roman autour d’une recette de cuisine, pouvez-vous m’en dire un peu plus à son sujet ?
[...] Pour en revenir au Gâteau café-café et à ce qui m’a donné envie d’organiser ce livre autour de cette recette, il y a sans doute le fait que j’aime beaucoup cuisiner, même si je cuisine moins aujourd’hui. Que j’ai beaucoup lu de livres de cuisine. Que j’étais fascinée petite par le détachement avec lequel les vendeuses des pâtisseries débitaient la description des gâteaux sur lesquels on les questionnait, nous, l’eau à la bouche. Et depuis toujours, depuis ma petite enfance, comme beaucoup, j’ai aimé regardé cuisiner. Il y avait aussi l’idée de la centralité de la cuisine dans la vie de femmes dont l’horizon était souvent réduit (la chanson de Jean Ferrat “faut-il pleurer faut-il en rire, fait-elle envie ou bien pitié...”), cette idée que quoi qu’il arrive, revenait ce souci de ce qu’on déposait sur la table. Je me suis imaginé que le 14 juillet 1789, un homme pouvait lancer à sa femme : Viens Julie, on va prendre la Bastille. Et elle répondre : D’accord mais je mets d’abord ma soupe poireaux-pommes de terre en train...
Non, personne dans ma famille ne faisait de gâteau avec les thé-Brun, mais je connaissais une dame qui se vantait beaucoup de celui qu’elle faisait (à la vanille) et que je n’ai jamais goûté. Dans les années 50 ça se faisait beaucoup, c’était un peu ce qu’on appelait un gâteau des familles parce que facile à faire puisqu’il ne cuisait pas. Mais j’ai utilisé dans le livre la recette de la crème au beurre que ma grand-mère faisait pour sa charlotte au café (avec des biscuits à la cuillère punchés d’un sirop au rhum)...
Enfin la cuisine, la gourmandise, représentent sûrement pour moi le seul point d’accord symbolique entre mes familles paternelle et maternelle, également gourmandes, mais qui s’étaient séparées...
Joëlle Tiano
Et si vous aimez cette belle plume, allez faire un saut chez Stéphanie, vous découvrirez une autre facette de l'auteur qui vous mettra l'eau à la bouche !
Mon billet sur L'enchanteur et illustrissime gâteau café-café d'Irina Sasson
09 mars 2008
Une plume... Colette Pellissier
Son premier roman est sorti il y a moins d'un an, en juin 2007. J'avais passé un fort agréable moment avec Le chat dans la gorge et j'ai eu envie de savoir comment comment l'auteur écrivait.
Colette Pelissier m'a livré un peu de ses "secrets" d'écrivain, et j'ai plaisir à partager avec vous ses mots.
Merci beaucoup Colette, en espérant faire d'autres voyages en lecture avec vous !
Avec quoi écrivez-vous ?
J’utilise un stylo plume d’une marque répandue qui accepte les cartouches standard.
Je l’ai choisi doté d’une plume large et l’usage en a poli la pointe de sorte que l’encre noire glisse en trait épais sans fatiguer la main.
Toutefois, récemment, pour fêter la parution de mon premier roman, mes amis m’ont offert un stylo élégant couleur soleil, rechargeable grâce à une petite pompe hélicoïdale, accompagné d’un flacon d’encre dorée.
Il m’arrive à présent de délaisser mon stylo banal pour le nouveau, me plaisant à rendre hommage à ces amis sans qu’ils n’en sachent rien, dans la solitude de l’écriture. Mais le stylo d’or n’a pas encore acquis cette patine qui rend le geste fluide.
Aussi, je reviens d’ordinaire à mon vieux compagnon, réservant au rival les instants d’exception. Le temps viendra !
Le type de papier sur lequel j’écris n’a aucune importance. Pour le premier jet, la feuille qui se présente fait l’affaire. Puis, très vite, je transfère mon écrit sur le clavier de l’ordinateur. J’en apprécie l’aspect pratique (corrections immédiates et lisibilité) et surtout la possibilité de relire la page imprimée, me donnant alors l’étrange impression de lire les mots d’un autre.
Quand écrivez-vous ?
Mes vies familiale et professionnelle me laissent peu de temps libre. Cet état de fait a le précieux avantage de me soustraire à l’angoisse de la page blanche. A la question : « Et en ce moment, vous écrivez ? » La réponse « Hélas non ! Si vous saviez combien je suis débordée actuellement !» ménage mon égo susceptible tandis que « Ah ! L’inspiration ! Ça va, ça vient! » pourrait trahir l’état de sécheresse de mon puits. L’écriture de fiction était un rêve d’enfant assoupi parmi d’autres. Jusqu’à récemment, je me contentais de m’appliquer parfois dans la rédaction d’une lettre, d’un mail pour un ami, ou à l’occasion de brefs enthousiasmes suscités par une occasion particulière, dans l’écriture d’un texte de chanson jamais mis en musique oud’un poème de circonstance. Bref, du court, du fugace, du fortuit!
Je ne sais aujourd’hui ce qui m’a amenée à écrire mon premier roman sur un temps très court, sinon le plaisir lu sur le visage de ma grande fille plongée dans ses devoirs de français. J’aimais l’école et l’exaltation que j’éprouvais alors à écrire ce que l’on appelait « rédaction » est revenue me chatouiller.
Je n’écris pas beaucoup plus aujourd’hui, mais je m’autorise à imaginer que d’autres puissent apprécier me lire. Alors, stimulée par quelque défi ou sans raison particulière, en fin d’après-midi ou en soirée lorsque l’animation de la maisonnée retombe, je prends ma plume !
Comment écrivez-vous ?
Pour initier un texte, j’aime sentir la vie autour de moi. Aussi, j’écris souvent dans la cuisine, partageant un thé avec mes enfants ou seule dans les parfums du repas en préparation.
Mais une fois que je tiens mon texte, j’ai besoin de silence et je me réfugie dans mon bureau. Ou si je reste à la cuisine, j’élève autour de moi un mur invisible qui me coupe des distractions extérieures. Mes proches s’en plaignent d’ailleurs ! « Maman ! t’écoutes jamais ce que je dis ! »
Puis je reviens dans le temps présent, non sans avoir auparavant sollicité l’un ou l’autre pour glaner quelque avis ou commentaire sur ce que je viens d’écrire. Enfin, je peux reprendre ma place dans le tourbillon familial.
Colette Pellissier
Pour en savoir davantage sur Colette Pellissier, je vous invite à visiter la "Page blanche" qui lui a été consacrée sur Mot compte double, le blog de l'auteur Françoise Guérin et de ses chroniqueurs.
16 février 2008
Une plume... Roxane Marie Galliez
Roxane Marie Galliez, auteur pour la jeunesse, a une plume enchanteresse.
Elle a eu la gentillesse de répondre à mes questions et je la remercie chaleureusement d'avoir pris du temps pour le faire.
Voici ses réponses, emplies de poésie.
Avec quoi écrivez-vous ?
Je commence toujours par le papier. J'ai sur moi des petits calepins pour noter des idées, des impressions, des mots, mais quand je me mets à une histoire, je prends une grande feuille blanche, et j'y inscris des tas de notes, des mots, des recherches en bibliothèques, des citations, des idées... Le tout est classé dans une grande pochette pour chaque histoire.
Ensuite je commence une trame, des phrases, cela se dessine peu à peu.
Si c'est un texte court (comme Chuuuttt ou Le poids d'un chagrin par exemple), je continue sur le papier. Si c'est un texte plus long, voire un roman, je prends l'ordinateur pour ne rien perdre. Puis j'imprime, je corrige sur la feuille, je retape à l'ordinateur... Et je m'enregistre pour entendre le rythme des mots, des phrases.J'écoute. Puis le texte repose, comme une pâte à pain, et je le reprends plus tard. Je recommence. Il me faut du temps.
Quand écrivez-vous ?
Il y a des jours, voire des semaines sans écriture papier. Il n'y a alors que l'écriture pensée. Les idées sont comme une pelote, l'histoire se forme peu à peu comme un cocon, et il faut attendre de trouver le fil à attraper pour dérouler doucement sans casser. Parfois aussi, il n'y a rien, pas d'écriture pensée. Le vide, le doute, le gouffre. Il faut attendre encore. L'écriture c'est la maturation finalement. Accepter le silence et se remplir à nouveau de mots, de sens, par des rencontres, des images, des sorties, des musées, et surtout d'autres mots. Rien ne donne plus envie d'écrire peut-être que la lecture d'un beau texte, d'une phrase entendue, une musique, une peinture...
Comment écrivez-vous ?
J'écris n'importe où, n'importe quand mais chez moi le plus souvent, ou dans un train, un hôtel, en espace clos généralement ou alors il faut que je m'isole pour ne pas entendre le monde autour afin dêtre dans un autre univers. Si je suis dehors, je n'arrive pas à me concentrer : je regarde le ciel, et puis j'entends un cricri d'insecte, je cherche où il est, je m'évade, impossible de me "discipliner".
Surtout, j'aime le silence, je coupe le téléphone, je ferme la porte. Je peux mettre une musique en boucle si c'est elle qui m'inspire, sinon j'ai la musique en tête et elle devient la partition. Je ne peux vivre sans musique, elle est à la base de tout, elle embellit, et donne un sens à tout.
Quand l'écriture nous porte, il faut prolonger le moment comme un funambule, si je m'arrête pour autre chose, je tombe et il faut tout recommencer...
Roxane Marie Galliez
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J'ai parlé d'elle : Le murmure des Dieux, Donne-moi la lune
